De nouveaux travaux finlandais convaincants ont comparé les performances physiques et cognitives d’un groupe de seniors en 2017 à celles d’un groupe d’âge similaire trois décennies plus tôt. Et il s’avère que des améliorations ont été constatées dans la quasi-totalité des tests.

Une meilleure nutrition, une amélioration des soins de santé et de meilleures conditions de travail expliqueraient en partie ce phénomène…

UNE ÉTUDE UNIQUE EN SON GENRE

Au cours du siècle dernier, l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter, ce qui a poussé l’OMS à intégrer une nouvelle mesure dans ses analyses mondiales à partir de 2001 : l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années pendant lesquelles une personne peut espérer vivre sans problèmes majeurs. Avec des humains vivant bien au-delà de 70 ans, de plus en plus de chercheurs ont choisi de se concentrer sur l’amélioration de la qualité de vie durant les années de vieillesse, plutôt que l’allongement de la durée de vie des individus.

Dans le cadre de deux études publiées respectivement dans la revue Aging Clinical and Experimental Research et The Journals of Gerontology : Series A, des chercheurs de l’université de Jyväskylä (Finlande) ont comparé les performances physiques et cognitives de deux cohortes de sujets d’âge similaire nés à environ 30 ans d’intervalle. La première cohorte était composée d’environ 500 sujets, âgés de 75 à 80 ans (nés entre 1910 et 1914) et ayant participé à divers tests physiques et cognitifs en 1989. Tandis que la seconde, toujours âgée de 75 à 80 ans (née entre 1938 et 1943), avait effectué les mêmes tests en 2017.

Selon les chercheurs finlandais, ces travaux ont permis de mesurer de manière inédite les progrès réalisés en matière d’extension des années de vie en bonne santé d’une génération à l’autre. « Cette recherche est unique », souligne Taina Rantanen, auteure principale de l’étude. « Les mesures basées sur les performances décrivent comment les personnes âgées se débrouillent dans leur vie quotidienne, et en même temps, reflètent l’âge fonctionnel de chacun. »

DES PERFORMANCES PHYSIQUES ET COGNITIVES PLUS ÉLEVÉES AU SEIN DE LA COHORTE NÉE PLUS TARD

Des améliorations ont été constatées pour la quasi-totalité des tests au sein de la cohorte des personnes nées plus tard. En ce qui concerne les performances physiques, la vitesse de marche était plus rapide, la force de préhension 5 à 25 % supérieure, la force d’extension des genoux 20 à 47 % plus élevée, et les mesures de la fonction pulmonaire également meilleures. Des progrès similaires ont également été observés dans la plupart des tests de performance cognitive.

D’après Matti Manukka, une grande variété de facteurs pourrait expliquer pourquoi la cohorte de personnes nées plus tard a montré des améliorations aussi constantes en termes de vieillissement en bonne santé.

« La seconde cohorte de sujets âgés de 75 à 80 ans nés plus tard a grandi et vécu dans un monde différent de celui de leurs homologues nés trois décennies plus tôt », explique le chercheur. « Il y a eu de nombreux changements favorables. Avec notamment une meilleure nutrition et une meilleure hygiène, une amélioration des soins de santé et du système scolaire, un meilleur accès à l’éducation et des meilleures conditions de travail. »

UN ÉQUILIBRE À TROUVER ENTRE ALLONGEMENT DU VIEILLISSEMENT EN BONNE SANTÉ ET SOINS AUX PERSONNES EN FIN DE VIE

Les chercheurs notent que les résultats pourraient, dans une certaine mesure, être propres à la Finlande, un pays qui était encore largement rural et sous-développé lorsque la première cohorte est née vers 1910. Un certain nombre de réformes sociales, notamment une scolarité obligatoire plus longue et de meilleures recommandations nutritionnelles, survenues dans les années 1940 et 1950, sont citées comme étant la clé de bon nombre des améliorations physiques et cognitives observées chez la cohorte née plus tard.

En fin de compte, Rantanen suggère qu’à mesure que l’espérance de vie continue à augmenter, les scientifiques doivent prêter une attention particulière à l’équilibre entre les années de vie en meilleure santé et les systèmes de soins nécessaires pour gérer les populations très âgées en fin de vie.

« L’allongement de l’espérance de vie nous offre plus d’années sans handicap, mais en même temps, les dernières années de la vie arrivent à des âges de plus en plus avancés, ce qui augmente le besoin de soins », souligne la chercheuse. « Au sein de la population vieillissante, deux changements simultanés se produisent : le vieillissement en bonne santé à des âges plus avancés et un nombre accru de personnes très âgées nécessitant des soins externes. »

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