“Citoyennâge”, l’association qui veut porter la voix des résidents en Ehpad

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Elderly russian woman sits in a house near the window.
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Des résidents en maisons de retraite viennent de se constituer en association afin de faire entendre et de mieux défendre leurs intérêts.

Ils ont le sentiment que leur opinion n’est pas assez prise en compte: des personnes âgées vivant en maison de retraite viennent de se regrouper en association, pour porter la voix des seniors sur les sujets qui les concernent.

“La société a trop tendance à s’exprimer en notre nom”, expose Philippe Wender, le président nouvellement élu de “Citoyennâge”. “Nous les vieux, on ne nous demande pas notre avis”, s’agace cet homme de 83 ans, un ancien cadre de l’industrie informatique qui vit depuis deux ans dans un Ehpad de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne).

Améliorer leur quotidien

Encore embryonnaire, la nouvelle association a vocation à assurer la “représentation des personnes âgées aidées en établissements et/ou par des services à domicile”, à “défendre leurs intérêts”, et à faire remonter aux pouvoirs publics sa vision des mesures qu’elle estimerait nécessaires à l’amélioration de leur quotidien.

Les membres de Citoyennâge, qui ont prévu de se concerter régulièrement par visioconférence, ont ainsi l’intention de se prononcer, le moment venu, sur le projet de loi que le gouvernement doit présenter, en principe début 2021, pour réformer le secteur.

“Notre voix doit être entendue” car “nous sommes des personnes qui votons, ne l’oublions pas”, affirme Francine Serra, la trésorière de l’association. A bientôt 85 ans, cette ancienne comptable s’estime “bien accueillie” dans son Ehpad du Pouget (Hérault) mais souligne que le secteur a besoin de financements en hausse.

“On ne se plaint pas, on est bien soignés. Mais il faudrait plus de personnel!” abonde la secrétaire de l’association, Nicole Petit, 84 ans, qui réside à Gouarec, dans les Côtes d’Armor.

Pour ces seniors, le confinement du printemps dernier a été parfois douloureux à vivre, ainsi que le déconfinement, qui a pu leur donner le sentiment que les personnes âgées étaient traitées différemment du reste de la population.

Contre les stigmatisations

“On est dans une société où on veut préserver la sécurité au détriment de la liberté”, déplore M. Wender, pour qui “la vieillesse n’est pas un naufrage”.

Selon le président de Citoyennâge, “c’est stigmatisant de fixer une limite” d’âge pour autoriser ou non les gens à circuler à nouveau librement. D’autant que, face au Covid-19, “l’âge n’est pas le seul facteur de fragilité”.

Il y a quelques semaines, Georges Gerfault, un ancien militaire de carrière de 95 ans, a pris la plume pour faire part de sa “révolte” à ce sujet, sous la forme d’une tribune publiée dans la petite revue interne de sa résidence de Créteil (Val-de-Marne). A partir du 11 mai, “chaque citoyen français pouvait se retrouver, naviguer, partir dans un périmètre délimité, alors que nous, résidents en maison de retraite, subissions toujours le confinement. C’est à ce moment-là que j’ai ressenti de la révolte”, a écrit le vieil homme.

“J’ai réalisé qu’une part de mes responsabilités individuelles m’avaient été enlevées car j’étais une personne âgée”, a-t-il ajouté, soulignant qu’”on ne vit pas les contraintes de la même manière à 20 ans qu’à 95 ans. Les projets, pour nous, c’est maintenant, pas demain”.

Association “censée et utile”

Le Dr Olivier Guérin, président de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG), salue une démarche associative “censée et utile”, mais qui constitue selon lui un “vrai challenge” car les seniors vivant en maison de retraite sont souvent “éloignés du lien social”.

“A peu près la moitié des résidents d’Ehpad n’ont aucun trouble cognitif”, souligne ce spécialiste, mais les seniors ont d’autant plus de mal à se faire entendre que “la société porte un regard péjoratif sur le vieillissement”.

Pour Françoise Gobled, vice-présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (FNAPAEF), les seniors souffrent de ce qu’”on ne ne respecte pas assez leur personnalité, leurs qualités, ce qu’ils peuvent encore apporter”. Elle salue une démarche “complémentaire” de celle de son association.

Complémentaire mais pas identique, prévient M. Wender. Chez Citoyennâge, “on ne veut pas d’adhésion des familles”, car il n’est pas question que “quelqu’un veuille encore parler en notre nom”.

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