Les violences conjugales ne s’arrêtent pas avec l’âge 😡🤬🥵

0 2 mois déjà
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Les personnes âgées, isolées, y sont particulièrement sujettes.

Les violences persistent ou apparaissent après 60 ans.

Les violences conjuguales sont amplifiées par les phénomènes d’isolement et d’épuisement, majoritairement dans certaines zones rurales.

L’écart entre le sexe des victimes diminue considérablement après 60 ans pour être presque équivalent dans certains départements (même si le nombre de violences diminue de manière synchronique), comme le montre ce graphique suivant reprenant les violences intrafamiliales en Nouvelle-Aquitaine par exemple

Les violences intrafamiliales en Nouvelle-Aquitaine. | Johanna Dagorn

 

Des femmes âgées surmenées

Mais, par ailleurs, cette analyse montre que 1% des violences conjugales (en dehors des violences intrafamiliales) sont en réalité des violences gériatriques, c’est-à-dire des violences à l’encontre de, ou subies par des personnes âgées, une situation particulièrement saillante en zone rurale.

Or, si on écarte de l’enquête le cas des couples homosexuels, hommes comme femmes, on s’aperçoit que les auteurs de ces violences sont…  des autrices.

Nos données montrent qu’elles ont majoritairement plus de 65 ans, habitent en milieu rural, pour des faits constatés ou autorévélés qui sont des coups infligés. Pour rappel, 35% de la population vit dans une commune rurale en Nouvelle-Aquitaine et jusqu’à 80% en Creuse.

La région Nouvelle-Aquitaine s’étend de la Creuse au Pays basque et comprend une très forte densité de population. | Insee

En France, les espaces ruraux sont, plus que d’autres, confrontés au vieillissement de leur population. La part des plus de 55 ans dans ces territoires atteint entre 30,6% et 33,1% selon les zones, contre 25,4% à l’échelle nationale.

Derrière ces variables récurrentes, se cachent des violences dues au surmenage des aidantes; en l’occurrence des violences gériatriques. Les aidant·es appartiennent très souvent à l’entourage familial proche de la personne dépendante: le ou la conjointe pour les couples, qui sont en grande majorité des femmes, et qui peuvent intervenir auprès d’un·e conjoint·e extrêmement dépendant·e.

 

Des hommes majoritairement dépendants des femmes

Parmi les personnes dépendantes de 75 ans et plus vivant en couple, seules 38% sont des femmes. Chez les 85 ans et plus, les hommes vivaient, en 2000, cinq fois plus souvent en couple que les femmes (43% contre 8%). Ainsi, en France 69% des personnes plus âgées aidées habitant seules ont recours à des professionnel·les, contre 39% de celles vivant en couple ou avec d’autres personnes.

Le soutien mutuel des époux joue un rôle central dans le maintien à domicile, comme en témoigne par exemple le faible taux d’institutionnalisation des personnes mariées. Chez celles âgées de 85 ans et plus, moins de 8% vivent en maison de retraite, contre 24% de leurs homologues veuves et 41% des célibataires.

Pour des raisons démographiques, de mortalité, d’écart d’âge et liées au care, plus de la moitié des proches aidants sont des aidantes et ne perçoivent pas la charge afférente lorsqu’il s’agit de femmes. Mais en dehors de ces caractéristiques sexuées, la question de l’environnement de ces couples doit se poser: les faits de violences constatés sont à plus de 80% en milieu rural.

Un accompagnement et des services peu présents

En France, en parallèle d’une urbanité triomphante, la campagne, bien que loin d’être un bloc monolithique, souffre toujours d’un manque d’équipements criant; tout en accueillant les populations les plus pauvres. Sans tomber dans le mythe d’une «culture rurale», on note cependant certaines caractéristiques. Ainsi, le nombre de bénéficiaires des services d’aide à domicile est relativement peu élevé au regard du pourcentage de personnes de plus de 75 ans dans la population locale.

Différents éléments sont avancés par les responsables pour justifier ce faible recours aux services existants: une habitude de fonctionner seul, même dans la difficulté, des solidarités familiales et de voisinage, et le refus de communiquer des éléments financiers nécessaires pour établir les dossiers d’intervention. Le social et le spatial, interdépendants, convergent ici dans les inégalités concentrées sur un même territoire.

L’Union nationale des associations familiales estime à au moins deux millions le nombre de personnes assumant le rôle d’aidant·e familial·e, salarié·e ou non.

Des aidantes à bout de force

Nombre d’aidant·es se retrouvent ainsi à bout de force, sans espoir de voir la situation s’améliorer, et tombent en dépression, ou développent des conduites addictives. Une très forte sollicitation du ou de la conjointe peut développer une attitude agressive et violente envers la personne qu’il ou elle est censée aider.

Cette agressivité peut aussi être dirigée contre les autres personnes intervenant auprès de quelqu’un atteint d’un handicap (soignant·e, aide à domicile). C’est de là que viennent une grande part des signalements pour violences conjugales après 65 ans, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une femme ou d’un homme.

Derrière ces violences, se dessine aussi une autre réalité: celle de baisses de revenus, l’assignation des femmes à s’occuper d’autrui, de faibles retraites, qui peut être compensée financièrement par ce nouveau statut précaire qu’est le statut récemment créé d’aidant proche,

Des violences en hausse

L’analyse des variables sexuées tend à montrer une nouvelle fois que les violences conjugales sont extrêmement genrées, contrairement à ce que sous-entend une certaine doxa.

Pour rappel, les statistiques de la police et de la gendarmerie (2019) concernant les violences en couple sur personnes majeures révèlent que les victimes de coups sont en moyenne des femmes à 92%, et que les agressions sexuelles sont perpétrées par 99,60% d’hommes. Tout comme le harcèlement sexuel au travail, il s’agit ici d’une domination masculine où, indépendamment du sexe de la victime, l’auteur est un homme dans la majorité des cas.

Il serait intéressant d’analyser l’âge des rares femmes autrices ainsi que le niveau de dépendance du conjoint, car même si rien ne légitime la violence, elle est ici très souvent le résultat de la position d’aidante épuisée, qui ne relève pas du mécanisme d’emprise relevé dans les violences conjugales.

Avec les prévisions démographiques, ces violences gériatriques risquent de s’accentuer dans les zones rurales, pour une grande partie oubliée de la République comme a pu le révéler la crise des gilets jaunes.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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